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Le creux de la 10e

Cédric Cossy
La Nation n° 2300 6 mars 2026

24 heures du 26 février commente les résultats d’une étude sur le climat scolaire commandée par le Département de l’enseignement et de la formation professionnelle. Cinq mille six cents élèves de la 5e à la 11e année ont ainsi été sondés, avec une focalisation particulière sur les trois dernières années de scolarité obligatoire.

Seuls 10% des adolescents de 12 à 15 ans consultés se déclarent malheureux à l’école. Mais, au lieu de se réjouir de 90% des jeunes se sentant bien à l’école, quoiqu’en âge de leurs premières révoltes existentielles, Véronique Berseth, déléguée à la protection du climat scolaire au DEF, se focalise sur la «souffrance» vécue par les 10% de malheureux. L’article en reste à ce constat, ne mentionnant hélas ni la nature, ni les origines, ni les mesures possibles pour diminuer ce mal-être.

Le rapport insiste sur le «creux de la 10e» année, où le bien-être, mais surtout l’intérêt (moins de 50%) pour les cours sont au plus bas. Ce coup de mou est déjà sensible en 9e, surtout pour les élèves de voie générale (VG). Une part de l’explication tiendrait au relâchement des élèves lors d’une année scolaire «qui n’est pas une étape significative» (comprenez après l’orientation en 8e et avant le certificat de 11e).

Ces observations sont mises en regard du projet Mat-EO1, en particulier de son modèle de promotion «10/11+4» qui prévoit la possibilité pour les meilleurs élèves de débuter leur gymnase à la fin de la 10e déjà. Opérer une sélection durant cette année de «creux» pourrait «renforcer l’impression d’un système à deux vitesses».

L’emploi que les défenseurs de l’école unique feront de ces observations est facile à prévoir: la sélection en fin de 8e conduit au relâchement et au mal-être constatés en 9-10e; n’introduisons donc pas de nouvelle sélection en 10e et son potentiel «creux de la 11e», mais supprimons celle de la 8e pour rendre motivation et bonheur aux élèves de ces volées!

Ils combattront une interprétation pourtant tout aussi plausible: si les élèves s’ennuient, c’est que l’école inclusive s’ajoute au passage de trois à deux niveaux et mélange des élèves au capacités hétéroclites, certains manquant de stimulation intellectuelle et d’autres se décourageant devant des exigences trop hautes. Et que, pour ne pas stigmatiser le «système à deux vitesse» du passage au gymnase en 10e, le «creux» de motivation pourrait être anticipé en 9 ou 8e par le retour à une sélection plus précoce.

Notes:

1   Voir La Nation N° 2298 du 6 février.

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