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Las de n'être pas fautifs

Jean-François Cavin
La Nation n° 2301 20 mars 2026

Les Verts sont à la peine. L’initiative populaire sur le «fonds climat» a été balayée. Les récentes élections communales leur ont occasionné quelques déboires. Dans ces temps un peu troublés, expliquent-ils, le peuple pense à sa sécurité géopolitique et matérielle et délaisse le soin de l’environnement. Il pense à court terme alors que les Verts, eux, voient loin. Il oublie que c’est la survie de l’humanité qui est en jeu.

Et si, justement, c’était cette perpétuelle culpabilisation du citoyen lambda qui le lassait, l’irritait et détournait certains du parti écologiste? Car l’accusation de négligence coupable envers la nature est largement injustifiée.

Il y a soixante ans, nos lacs étaient gravement pollués; le Léman devenait sale, on hésitait à se baigner à Vidy et c’était interdit à Lugano. Depuis lors, les eaux qui s’y déversent ont été mises en «séparatif» presque partout, les stations d’épuration se sont multipliées, le phosphate a été banni des lessives; et cet immense effort a été fructueux, même s’il subsiste des micro-polluants auxquels on s’attaque maintenant.

Les fumées industrielles ont été filtrées. Le soufre a disparu des combustibles, les polluants des gaz d’échappement sont anéantis grâce aux catalyseurs obligatoires. Les aérosols nocifs des bombes ménagères ont été remplacés. Les appareils frigorifiques, davantage isolés, conservent mieux le froid et consomment moins d’énergie.

Les déchets, qui s’accumulaient parfois dans le désordre, ont été domestiqués: le verre est recyclé, le plastique nuisible largement remplacé par le PET, ce qui peut être incinéré l’est proprement dans les usines ad hoc. Les décharges sauvages ont pratiquement disparu.

Le bruit est plus ou moins maîtrisé. Les CFF ont lancé des convois plus feutrés, allongé les rails dont les jointures faisaient badadamer les roues des wagons, et bordé les rails de parois anti-bruit en plusieurs endroits sensibles. Les voitures sont devenues plus silencieuses elles aussi, et même totalement pour celles que l’électricité propulse; pour parachever la tâche, les zones où la vitesse est limitée à 30 kilomètres par heure, la nuit ou tout le jour, apaisent nos villes.

Le bétonnage du territoire a été jugulé grâce à des mesures d’aménagement du territoire devenues toujours plus strictes. Parcourez le Canton par les petites routes: que de verdure et de campagnes intactes! Il n’y a guère, dans les zones dignes de protection, que l’implantation criminelle d’éoliennes industrielles qui menace la nature et le paysage; mais cela, les Verts laissent faire…

L’économie d’énergie est à l’ordre du jour. On ne compte plus les établissements proches du lac qui sont chauffés ou rafraîchis grâce à l’eau de la nappe voisine. Le chauffage à distance s’est développé. Les sondes géothermiques se multiplient. Les panneaux solaires deviennent la norme, sauf sur les toitures historiques. La loi interdira bientôt les nouvelles installations de chauffage au mazout et obligera les propriétaires de grands immeubles à mieux isoler leurs bâtiments; si cela ne se réalise pas en un clin d’œil, c’est qu’il faut compter avec la disponibilité des entreprises spécialisées.

Quel travail! Quel progrès! Quelle mobilisation générale en faveur d’une nature protégée! Et quels sacrifices de vie facile et de charge financière notre population a-t-elle dû parfois consentir! Les Verts devraient la féliciter. Au lieu de quoi, ils la morigènent. Et s’étonnent d’être mal-aimés.

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